Marmolada 2022 : le drame glaciaire qui hante les JO de Milan-Cortina 2026
Le 3 juillet 2022, un sérac de plus de 64 000 tonnes se détachait du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, emportant onze randonneurs dans une avalanche de glace, de roche et de débris. Près de quatre ans plus tard, alors que les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026 battent leur plein à seulement 50 kilomètres de là, ce drame climatique résonne comme un avertissement que la montagne n'oublie pas.
Ce dimanche de début juillet, la température au sommet de la Marmolada, point culminant des Dolomites à 3 346 mètres d'altitude, atteignait un niveau inédit : 10 degrés Celsius. Un record qui allait se transformer en tragédie. À 13h43 précises, un bloc monumental de glace s'est arraché de la Punta Rocca, à 3 213 mètres, avant de dévaler la pente à près de 300 km/h. Le torrent de glace et de roches a balayé tout sur son passage, sur un couloir de 2,3 kilomètres.
Au moins cinq cordées de randonneurs se trouvaient sur l'itinéraire ce jour-là. « Nous pouvons confirmer que nous avons identifié toutes les victimes. Nous avons arrêté le chiffre à onze », déclarait quelques jours plus tard le colonel Giampietro Lago, responsable du département scientifique des carabiniers. Parmi les victimes, neuf Italiens – dont deux guides de montagne – et deux ressortissants tchèques. Huit autres personnes ont été blessées, certaines grièvement.
Un glacier en « coma irréversible »
Les causes de l'effondrement, analysées depuis par plusieurs études scientifiques, pointent toutes dans la même direction : le réchauffement climatique. L'eau de fonte avait pénétré les fissures du glacier et s'était accumulée sous la calotte, servant de lubrifiant et fragilisant l'ensemble de la structure. L'hiver précédent, particulièrement sec, avait privé le glacier de sa couche protectrice de neige, l'exposant directement au soleil estival et à des températures anormalement élevées.
Depuis le début des relevés scientifiques en 1888, le glacier de la Marmolada a reculé de 1 200 mètres. Selon l'Université de Padoue, il a perdu plus de 80 % de son volume entre 1905 et 2010, passant de 95 millions à 14 millions de mètres cubes. En 2025, le front glaciaire a encore reculé de sept mètres. La campagne « Caravane des glaciers » de l'association Legambiente le qualifie désormais de glacier en « coma irréversible », estimant sa disparition totale entre 2034 et 2042 selon les scénarios de réchauffement.
Cette réalité donne une dimension particulière aux JO de Milan-Cortina 2026, dont plusieurs sites de compétition se situent au cœur des Dolomites. Cortina d'Ampezzo, qui accueille les épreuves féminines de ski alpin, se trouve à seulement 50 kilomètres de la Marmolada. Les skieuses Lindsey Vonn, Mikaela Shiffrin et l'Italienne Federica Brignone ont d'ailleurs profité de ces Jeux pour alerter sur la fonte accélérée des glaciers visibles depuis les sites olympiques.
Les JO d'hiver face au paradoxe climatique
Présentés comme les Jeux les plus sobres de l'histoire, avec 93 % de sites existants ou temporaires, les JO de Milan-Cortina n'échappent pourtant pas à un paradoxe fondamental. En Italie, près de 90 % des stations de ski dépendent aujourd'hui de la neige artificielle. Pour ces Jeux, environ 2,5 millions de mètres cubes de neige artificielle seront nécessaires, un chiffre comparable aux 2,8 millions utilisés à Pékin en 2022. Plus les températures montent, plus il faut d'énergie pour produire une neige conforme aux exigences sportives – un cercle vicieux que les climatologues ne cessent de dénoncer.
Selon une étude commandée par le CIO, 56 % des sites historiques des Jeux d'hiver ne seront plus climatiquement viables d'ici 2050 dans un scénario à fortes émissions. « Les changements climatiques vont finir par transformer la géographie des lieux où nous pouvons organiser les Jeux d'hiver », prévient Daniel Scott, professeur à l'Université de Waterloo. Tout récemment, une avalanche meurtrière près de Courmayeur a rappelé que les Alpes italiennes restent un territoire aussi majestueux que dangereux.
Le drame de la Marmolada en 2022 n'était pas un accident isolé, mais le symptôme d'une montagne en mutation profonde. Alors que les athlètes du monde entier s'affrontent sur les pentes des Dolomites en février 2026, le fantôme de ces onze vies fauchées continue de planer sur ces sommets fragilisés, rappelant que la « Reine des Dolomites » est en train de perdre sa couronne de glace.