TGV algérien : le méga-projet ferroviaire qui veut transformer le pays d'ici 2030
L'Algérie se lance dans l'un des plus ambitieux projets ferroviaires du continent africain. Avec la construction progressive d'un réseau de lignes à grande vitesse reliant l'est à l'ouest du pays, Alger entend révolutionner la mobilité de ses citoyens, désenclaver des régions entières et poser les bases d'une économie plus fluide et plus compétitive. Un pari à plusieurs milliards d'euros dont les premiers résultats concrets se dessinent déjà.
Traverser l'Algérie, le plus vaste pays d'Afrique, relève encore aujourd'hui du défi logistique. Entre Alger et Oran, Alger et Constantine, les trajets routiers s'étirent sur cinq à sept heures, au prix de la fatigue, de la congestion et d'un lourd bilan en accidents de la route. Pour les travailleurs, les entrepreneurs ou les étudiants, ces distances représentent un frein considérable à la mobilité et aux opportunités économiques.
C'est dans ce contexte que le projet de train à grande vitesse (TGV) algérien a pris forme. Non pas comme un caprice technologique, mais comme « une nécessité stratégique », selon les termes des autorités algériennes. L'ambition est claire : des lignes ferroviaires modernes, capables d'accueillir des trains rapides circulant entre 160 et 220 km/h, adaptés aux réalités géographiques et climatiques du pays.
La LGV Oran-Tlemcen, vitrine du renouveau ferroviaire
Le projet le plus avancé est la ligne à grande vitesse (LGV) Ouest, reliant Oued Tlelat, près d'Oran, à Tlemcen sur 132 kilomètres. En chantier depuis 2011, cette ligne en phase finale de construction constitue la première LGV du réseau ferroviaire algérien. Elle comprend une centaine d'ouvrages d'art, dont le plus grand viaduc ferroviaire d'Afrique : 1 780 mètres de long, avec des colonnes culminant à 114 mètres de hauteur au-dessus de la vallée de l'Oued Isser.
Ce tronçon n'est que la première étape d'un projet bien plus vaste : la future grande LGV Est-Ouest, qui s'étendra sur plus de 1 200 kilomètres et desservira 22 wilayas. En parallèle, la ligne des Hauts Plateaux, longue de 1 160 km de Tébessa à Moulay Slissen, est en cours de réalisation avec 532 km déjà opérationnels et 628 km en construction.
L'inauguration, le 1er février 2026, de la ligne minière de l'Ouest reliant Béchar à Gara Djebilet sur 950 kilomètres a démontré la capacité de l'Algérie à mener à bien des chantiers ferroviaires d'envergure. Cette ligne, construite avec la China Railway Construction Corp, transportera jusqu'à 50 millions de tonnes de minerai de fer par an.
Un levier économique et social majeur
Au-delà des rails et des trains, le TGV algérien est pensé comme un moteur de transformation économique. La construction du réseau mobilise des milliers d'emplois directs — ingénieurs, techniciens, ouvriers spécialisés — et génère une activité indirecte considérable autour des futures gares : commerces, hôtellerie, services. « Les grandes infrastructures ont toujours été un moteur de développement pour les nations qui osent investir », rappelle la chaîne Afrévision dans une analyse consacrée au projet.
La SNTF, société nationale des transports ferroviaires, prévoit l'acquisition de 400 wagons voyageurs et 600 locomotives, avec l'objectif d'atteindre 100 millions de passagers à l'horizon 2040, contre 32 millions actuellement. L'ambition économique de l'Algérie passe aussi par des discussions avec des partenaires internationaux — France, Allemagne, Chine — pour délocaliser certaines activités industrielles ferroviaires sur le sol algérien.
L'enjeu social est tout aussi déterminant. Réduire le trajet Alger-Oran à environ deux heures permettrait à un cadre de vivre dans une ville et travailler dans une autre, à un étudiant de se former loin de chez lui sans rompre avec sa famille. Le rééquilibrage territorial entre régions côtières et intérieures, entre nord et sud, figure au cœur de cette stratégie. Les extensions vers Laghouat, Ghardaïa et El Meniaa sont déjà en chantier.
Sur le plan environnemental, le choix du rail répond aux engagements climatiques. Le transport ferroviaire émet nettement moins de CO2 que la route ou l'aérien. Chaque passager transféré vers le train, c'est potentiellement un véhicule de moins sur les routes — et des vies humaines préservées dans un pays où les accidents routiers restent un fléau.
Le défi reste immense : financement colossal, contraintes géographiques entre zones montagneuses et désertiques, formation du personnel, maintenance à long terme. Mais avec un objectif de 15 000 km de réseau à l'horizon 2035, contre moins de 5 000 km aujourd'hui, et un investissement de 2 400 milliards de dinars, l'Algérie envoie un message clair. Celui d'un pays qui ne se contente plus du présent, mais qui construit, kilomètre après kilomètre, le visage de son avenir.