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Discrimination au logement : une agence immobilière sur deux accepte le tri racial

Près de la moitié des agences immobilières françaises acceptent de filtrer les candidats à la location sur des critères raciaux. Ce constat accablant émane d'un testing mené par SOS Racisme auprès de 198 professionnels, révélé ce dimanche par Le Parisien. En pleine crise du logement, ces pratiques illégales aggravent les fractures sociales.

L'association antiraciste a contacté 198 agences appartenant à de grandes enseignes et au réseau de la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim). Ses militants se sont fait passer pour des propriétaires souhaitant mettre leur bien en location, en demandant exclusivement des profils « européens » pour éviter des « problèmes de voisinage ».

Les résultats sont édifiants : 96 agences, soit 48,48%, ont accepté ou facilité une discrimination raciale. Dans le détail, 48 d'entre elles ont directement accepté de sélectionner les locataires sur la base d'un critère racial. Les 48 autres ont refusé de le faire elles-mêmes mais ont permis ou encouragé le propriétaire à réaliser ce tri discriminatoire.

Des stratagèmes pour contourner la loi

« C'est pire qu'une méconnaissance de la loi, car à chacun de nos appels, l'agent a d'abord rappelé le cadre légal interdisant toute discrimination avant de dire qu'il était prêt à ne pas le respecter », dénonce Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Cette complaisance révèle un cynisme profond au sein de la profession.

Ces chiffres ne sont malheureusement pas nouveaux. En six ans et trois campagnes de testing (2019, 2022, 2025), le taux de discrimination n'a pas reculé. Une première étude menée entre 2018 et 2019 avait déjà révélé que les personnes perçues comme maghrébines ou subsahariennes avaient entre 50 et 55% de chances en moins de voir leur dossier accepté, à situation équivalente.

Face à ces révélations, le président de la Fnaim, Loïc Cantin, reconnaît que l'étude « ne fait que confirmer des tendances déjà constatées ». Il qualifie ces pratiques de « véritable fléau » et appelle à la fois à davantage de formation et de sanctions.

Le gouvernement promet des mesures

Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, a réagi en annonçant la signature d'un décret « dans les toutes prochaines semaines ». Ce texte, cosigné avec Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, rendra obligatoire une formation anti-discrimination pour tous les agents immobiliers, y compris les mandataires et agents commerciaux.

Actuellement, un décret d'octobre 2020 impose déjà une formation sur la non-discrimination aux professionnels titulaires d'une carte professionnelle. Mais selon SOS Racisme, cette formation « n'est pas toujours de très bonne qualité » et ne couvre pas suffisamment de personnes.

L'association renouvelle ses dix propositions pour lutter contre ce phénomène. Parmi elles : la mise en place obligatoire du dossier anonyme pour les professionnels de l'immobilier, et le renforcement des sanctions pénales sur le modèle de celles appliquées au logement insalubre. Alors que la crise du logement s'aggrave en France, ces discriminations constituent un obstacle supplémentaire pour des millions de personnes en quête d'un toit.

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