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Municipales 2026 : « Marseille pour Tous », une liste citoyenne qui prend le contre-pied du jeu politique local

À Marseille, les campagnes municipales se ressemblent souvent. Promesses empilées, postures partisanes, querelles d’appareils et discours calibrés. La présentation du programme de la liste "Marseille pour Tous", mercredi 4 février 2026, à la permanence de la rue Colbert, a volontairement cherché à rompre avec ce rituel bien rodé. Ni grand-messe militante, ni démonstration de force partisane, mais un message clair : celui d’une liste qui revendique sa nature citoyenne et son positionnement résolument à contre-courant du système politique local.

Portée par Erwan Davoux et Nora Preziosi, la liste assume une ligne singulière dans un paysage électoral saturé de logos, d’étiquettes et de stratégies nationales. Leur programme, dense et argumenté, se veut autant un projet municipal qu’un acte politique en soi. Un manifeste contre les pratiques qu’ils jugent responsables du décrochage démocratique marseillais. Comme le résume Erwan Davoux dans le document de campagne : « mieux gouverner c’est d’abord respecter ses engagements au bénéfice de l’intérêt général, prendre des décisions dans la transparence en respectant scrupuleusement la loi, pour les citoyens et non contre les citoyens ».

Des priorités municipales ancrées dans le réel marseillais

Le programme de « Marseille pour Tous » s’ouvre sur un constat sévère : celui d’une ville abîmée par des années de gouvernance éclatée, de décisions illisibles et de renoncements successifs. Gouvernance, sécurité, logement, santé, éducation : les candidats abordent les grands sujets municipaux sans détour, avec la volonté affichée de rester dans le champ des compétences réelles de la Ville et de la Métropole.

Sur la gouvernance, la liste plaide pour une recentralisation du pouvoir municipal autour du maire, jugé aujourd’hui trop affaibli face à la Métropole et au Département. Transparence, exemplarité des élus et reddition régulière de comptes aux Marseillais sont présentées comme des préalables indispensables pour restaurer la confiance. Les candidats s’engagent notamment à rendre publiques les actions municipales tous les six mois et à associer plus étroitement la population aux décisions structurantes.

La sécurité, thème incontournable à Marseille, est traitée selon une approche que les candidats qualifient de lucide et non démagogique. Ils rappellent que « la sécurité est la première des libertés », tout en refusant une réponse uniquement répressive. Le programme insiste sur les causes profondes de l’insécurité – pauvreté, précarité, décrochage scolaire, ghettos urbains – et sur la nécessité de renforcer les politiques de prévention, notamment dans les quartiers populaires. Le renforcement de la police municipale et des outils de vidéoprotection est assumé, mais toujours présenté comme complémentaire d’un travail social de long terme.

Le logement constitue un autre pilier du projet. Avec près de 40 000 logements indignes, Marseille reste confrontée à une crise structurelle. « Marseille pour Tous » propose la création d’un Observatoire municipal du logement, le développement de logements très sociaux et une lutte renforcée contre les marchands de sommeil. La question de la mixité sociale est abordée frontalement, avec la volonté de sortir d’une logique de ségrégation territoriale qui, selon les candidats, alimente durablement les fractures marseillaises.

Santé, école, jeunesse et culture complètent ce socle programmatique. La prévention sanitaire, l’accès aux soins, la lutte contre la toxicomanie chez les jeunes, mais aussi le rôle de l’école comme creuset de la citoyenneté sont largement développés. À travers ces propositions, la liste revendique une approche transversale, où les politiques publiques ne sont plus cloisonnées mais pensées comme des leviers complémentaires de cohésion sociale.

Une démarche citoyenne assumée, à rebours des logiques partisanes

Mais c’est surtout dans son positionnement politique que « Marseille pour Tous » entend marquer sa différence. Les mots-clés de citoyenneté, de société civile et de liste sans étiquette irriguent l’ensemble du discours. Erwan Davoux et Nora Preziosi revendiquent des parcours qui les ont conduits à connaître le système de l’intérieur, sans pour autant s’y enfermer. Une expérience qu’ils présentent comme un garde-fou contre les dérives du pouvoir et les compromis d’appareil.

Dans un climat politique local souvent polarisé, la liste se place volontairement à distance des extrêmes. Les candidats dénoncent ceux qui, selon eux, « soufflent sur les braises » et «alimentent le communautarisme», au risque de fragmenter encore davantage une ville déjà profondément marquée par les inégalités. À l’inverse, ils affirment vouloir « s’adresser à tous les Marseillais », sans distinction d’origine, de religion ou de statut social, et assumer la diversité ethnique, culturelle et sociale comme une réalité constitutive de Marseille.

Ce discours trouve un écho particulier dans les quartiers populaires, où l’abstention atteint des niveaux records lors des scrutins municipaux. « Marseille pour Tous » affiche clairement l’ambition de «redonner aux Marseillais le goût de la politique». Une promesse qui passe par la participation citoyenne, les référendums locaux, mais aussi par une présence municipale renforcée dans les territoires longtemps délaissés par l’action publique.

Sur les sujets les plus sensibles, la liste adopte un ton volontairement frontal. En matière de logement social, Nora Preziosi dénonce l’opposition persistante de certains maires de secteur à la mixité sociale et le sort réservé aux familles monoparentales, pourtant nombreuses à Marseille. Sur la question des discriminations, « Marseille pour Tous » fait de la lutte contre toutes les formes d’exclusion un axe politique central, avec l’objectif assumé de « décommunautariser » les esprits et de rompre avec des décennies de clientélisme électoral.

À quelques semaines du scrutin, la liste « Marseille pour Tous » avance ainsi à contre-courant des réflexes politiques traditionnels. Ni dans l’outrance, ni dans la posture, elle tente d’incarner une autre manière de faire de la politique municipale, en misant sur la citoyenneté active, la société civile et la reconstruction du lien démocratique. Reste à savoir si cette singularité, revendiquée comme une force, saura convaincre un électorat marseillais profondément désabusé mais en quête, peut-être, d’un nouveau souffle.

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