Quand Bardella rencontre les Émirats : les liaisons troubles du RN avec Abu Dhabi
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a récemment affiché sur ses réseaux sociaux sa rencontre avec l'ambassadeur des Émirats arabes unis en France, Fahad Said al Ragbani. Un rapprochement diplomatique qui interroge, alors que les liens financiers entre l'extrême droite française et la monarchie du Golfe font l'objet de révélations embarrassantes depuis plusieurs années.
Sur ses comptes officiels, le jeune leader du RN a justifié cette entrevue par la volonté commune de « lutter contre le terrorisme et notamment les Frères musulmans ». Une posture qui s'inscrit dans la ligne idéologique partagée par les deux parties : les Émirats arabes unis considèrent en effet la confrérie islamiste comme une menace majeure et mènent une politique active de répression contre cette organisation dans le monde arabe.
Un prêt de 8 millions d'euros en 2017
Cette rencontre ravive le souvenir d'un épisode trouble de l'histoire financière du parti. En 2017, selon une enquête de Mediapart, le Front national alors au bord de la faillite après la campagne présidentielle de Marine Le Pen avait été sauvé par un prêt de 8 millions d'euros. La somme avait transité par Noor Capital, une société financière basée à Abu Dhabi, avant d'atterrir dans les caisses du parti.
Ce prêt était arrivé « in extremis », une semaine seulement avant le dépôt obligatoire des comptes de campagne. Sans cet apport financier, la candidate aurait dû déposer des comptes en déficit, ce qui aurait entraîné l'invalidation et surtout le non-remboursement de ses frais de campagne par l'État. L'origine exacte de ces fonds reste à ce jour incertaine, malgré les demandes d'éclaircissements de l'instance de contrôle du financement des partis politiques.
Les ambiguïtés de la politique émiratie
Au-delà des questions de financement, c'est la stratégie géopolitique des Émirats qui soulève des interrogations. Depuis le milieu des années 2010, Abu Dhabi a massivement investi sur le continent africain, avec 60 milliards de dollars engagés entre 2012 et 2022, faisant de la monarchie le quatrième investisseur mondial en Afrique. Cette présence s'accompagne d'une implication sécuritaire qui ne fait pas l'unanimité.
Au Soudan, les Forces de soutien rapide (FSR), accusées par la communauté internationale de graves violations des droits humains, entretiennent des liens étroits avec les Émirats. Au Mali, des enquêtes journalistiques ont révélé que l'or malien transitait massivement vers Dubaï avec un contrôle étatique quasi inexistant, représentant quelque 6 milliards de dollars en 2021. Le régime de transition malien aurait même libéré un trafiquant d'or émirati en échange de 50 millions d'euros, une somme susceptible, selon les observateurs, de financer des groupes armés.
Pour Jordan Bardella, qui multiplie les déplacements internationaux pour asseoir sa stature présidentielle, cette visite aux Émirats s'inscrit dans une stratégie de légitimation. Après Israël en mars, le Vatican et la Grèce en mai, puis Abu Dhabi en juin 2025, le président du RN construit méthodiquement son image d'homme d'État.
Reste une contradiction que les observateurs ne manquent pas de relever : comment concilier le discours martial contre l'immigration et le terrorisme avec des liens privilégiés avec un pays dont la politique étrangère en Afrique contribue, selon de nombreux analystes, à l'instabilité régionale qui alimente précisément les flux migratoires vers l'Europe ? Une question que les soutiens du Rassemblement national devront tôt ou tard affronter.