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TrumpRx : ce site gouvernemental qui promet des médicaments à prix cassés

Le président américain Donald Trump a dévoilé jeudi 5 février 2026 un site internet gouvernemental portant son nom, TrumpRx.gov, destiné à permettre aux Américains d'acheter des médicaments de marque à prix réduits. Présentée comme une révolution pour le système de santé le plus coûteux du monde, cette initiative suscite autant d'espoirs que de critiques.

Les Américains paient les médicaments les plus chers au monde. Selon les données de l'OCDE, leurs dépenses en produits pharmaceutiques représentent plus du double de la moyenne des pays développés. C'est dans ce contexte que la Maison-Blanche a mis en ligne TrumpRx.gov, un portail centralisé qui regroupe des coupons de réduction et des liens vers les plateformes de vente directe de laboratoires pharmaceutiques ayant accepté de baisser leurs tarifs.

Le fonctionnement est simple : le patient muni d'une ordonnance se rend sur le site, sélectionne son médicament, puis obtient un coupon à imprimer ou à télécharger sur son téléphone. Il peut ensuite le présenter dans n'importe quelle pharmacie participante. Condition essentielle : l'utilisateur doit attester qu'il n'est inscrit à aucun programme d'assurance gouvernemental comme Medicare et qu'il ne demandera pas de remboursement.

Des baisses spectaculaires sur l'Ozempic et le Wegovy

Lors du lancement, cinq géants pharmaceutiques participent au programme : AstraZeneca, Eli Lilly, EMD Serono, Novo Nordisk et Pfizer. Ce dernier est le plus gros contributeur, avec plus de 30 médicaments référencés. Au total, 40 des médicaments de marque les plus populaires et les plus chers du pays sont disponibles sur la plateforme, avec des réductions pouvant atteindre 80 %.

Les baisses de prix les plus spectaculaires concernent les traitements anti-obésité et anti-diabète. Le coût mensuel de l'Ozempic passe de 1 028 dollars à 199 dollars selon le dosage. Le Wegovy injectable chute de 1 349 dollars à un prix plancher de 199 dollars, tandis que sa version en comprimé descend à 149 dollars. Le Zepbound d'Eli Lilly, concurrent direct, passe de 1 088 dollars à 299 dollars. Des réductions massives concernent aussi les traitements produits par les grands laboratoires : le Cetrotide, utilisé dans les parcours de fécondation in vitro, passe de 316 dollars à 22,50 dollars, et l'insuline Lispro est proposée à partir de 25 dollars par mois.

Un coup politique à l'approche des midterms

L'initiative n'est pas dénuée d'arrière-pensées politiques. Elle intervient alors que le Parti républicain mesure le mécontentement populaire face au coût de la vie, à quelques mois des élections de mi-mandat prévues fin 2026. Le Dr Mehmet Oz, désormais à la tête du programme d'assurance santé publique, a assuré la promotion du dispositif lors de la conférence de presse officielle.

Mais les experts tempèrent l'enthousiasme. « Il n'y a pas d'avantage clair pour la plupart des gens à utiliser TrumpRx pour acheter leurs médicaments », estime Juliette Cubanski, directrice adjointe du programme Medicare au sein du think tank KFF. Pour les patients disposant d'une assurance, les co-paiements restent souvent inférieurs aux prix affichés sur la plateforme. Et TrumpRx ne propose que des médicaments de marque, alors que 9 prescriptions sur 10 aux États-Unis concernent des génériques, selon la FDA.

Plus préoccupant, trois sénateurs démocrates ont adressé une lettre à l'inspecteur général du ministère de la Santé, exprimant des inquiétudes sur « des pots-de-vin potentiellement illégaux, des conflits d'intérêts et l'utilisation inutile de médicaments ». Ils pointent notamment le fait que les économies annoncées sont calculées par rapport aux prix catalogue, qui ne reflètent pas toujours le coût réel payé par les patients.

En somme, si TrumpRx peut représenter une aubaine pour les Américains sans couverture santé – notamment ceux qui ont recours à la médecine aux États-Unis sans assurance ou ayant besoin de traitements non remboursés comme la FIV –, le site est loin de régler le problème structurel des prix pharmaceutiques américains. Seize laboratoires au total ont signé des accords de réduction avec l'administration Trump, laissant entrevoir un élargissement progressif du catalogue. Reste à savoir si cette vitrine numérique suffira à convaincre les 330 millions d'Américains que leur président tient sa promesse sur la santé.

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