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Washington Post : 300 journalistes licenciés par visioconférence, un séisme pour la presse mondiale

Le Washington Post, monument du journalisme américain et symbole de l'indépendance de la presse, vient de vivre l'un des jours les plus sombres de son histoire. Ce mercredi 4 février 2026, environ 300 journalistes ont été licenciés lors d'une visioconférence matinale, provoquant une onde de choc bien au-delà des frontières américaines. Une "double sidération" selon les observateurs : économique d'abord, idéologique ensuite.

À 8h30 heure locale, le directeur exécutif Matt Murray a convoqué les équipes sur Zoom pour leur annoncer la nouvelle. Un tiers de la rédaction, soit plus de 300 des 800 journalistes du quotidien, apprennent qu'ils perdent leur emploi. Les services sports, livres et podcasts sont purement supprimés. Les bureaux internationaux sont décimés : l'intégralité des correspondants couvrant le Moyen-Orient, le bureau du Caire, les postes de New Delhi et Sydney sont éliminés.

"Nous avons conclu que la structure de l'entreprise était trop ancrée dans une autre époque", a justifié Matt Murray, qualifiant cette décision de "réinitialisation stratégique" face à l'essor de l'intelligence artificielle et au déclin du trafic organique issu des moteurs de recherche.

Les raisons idéologiques derrière la crise économique

Si la direction invoque des pertes financières colossales — 100 millions de dollars en 2024 — les observateurs pointent des motivations bien plus politiques. Martin Baron, ancien rédacteur en chef légendaire du Washington Post, n'a pas mâché ses mots sur Facebook : "C'est l'un des jours les plus sombres de l'histoire du journal", a-t-il déclaré, dénonçant les "efforts écœurants" de Jeff Bezos "pour s'attirer les faveurs" de Donald Trump.

Le rapprochement entre le propriétaire du Post et le président américain ne passe plus inaperçu. Jeff Bezos était présent à l'investiture de Trump en janvier dernier. Il avait refusé, quelques mois plus tôt, d'endosser la candidature de Kamala Harris à la présidentielle, rompant avec la tradition du journal. Amazon, son empire commercial, a par ailleurs financé à hauteur de 75 millions de dollars un documentaire sur Melania Trump.

Emmanuel Felton, journaliste spécialisé dans les questions raciales licencié mercredi, a résumé le sentiment partagé par nombre de ses collègues : "Ce n'est pas une décision financière, c'est une décision idéologique."

Un monument du journalisme en péril

Le Washington Post, c'est le journal du Watergate, celui qui a fait tomber un président. C'est la devise "Democracy Dies in Darkness" (la démocratie meurt dans l'obscurité) affichée fièrement en une. Aujourd'hui, cette institution voit ses correspondants internationaux licenciés en plein reportage. Lizzie Johnson, primée pour sa couverture des incendies californiens, a appris son licenciement alors qu'elle se trouvait sur le front ukrainien.

Parmi les victimes figurent plusieurs lauréats du prix Pulitzer, dont Marissa J. Lang, récompensée en 2022 pour sa couverture de l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Peter Finn, le rédacteur en chef international, a demandé à être inclus dans les licenciements plutôt que de superviser le démantèlement de son service.

Le syndicat du journal, le Post Guild, a réagi avec colère : "On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir." En trois ans, le Washington Post a perdu 400 employés.

Pour la presse mondiale qui observe avec inquiétude, ce séisme dépasse largement les frontières américaines. Quand un géant du journalisme d'investigation capitule face aux pressions politiques et économiques, c'est tout l'écosystème médiatique qui vacille. Glenn Kessler, ancien vérificateur de faits du Post, a posé un diagnostic glaçant : "Bezos ne cherche pas à sauver le Washington Post. Il cherche à survivre à Donald Trump."

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