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SaaSpocalypse : comment Anthropic a fait trembler le monde du logiciel

En une semaine, 285 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés sur les marchés mondiaux. Le responsable : Anthropic, start-up américaine d'intelligence artificielle, qui a déployé coup sur coup Claude Cowork et son modèle Opus 4.6. Un double assaut qui a fait vaciller le secteur du logiciel d'entreprise et déclenché ce que les analystes appellent déjà la « SaaSpocalypse ».

Le 30 janvier 2026, Anthropic publie onze plugins open source pour sa plateforme agentique Claude Cowork. Le principe est simple mais redoutable : là où Claude Code, l'outil terminal pour développeurs, vivait dans la ligne de commande, Cowork s'intègre directement dans les outils que tout le monde utilise au quotidien — Excel, PowerPoint, Slack, bases de données. « C'est Claude Code appliqué au poste de travail », résume un analyste spécialisé dans une vidéo devenue virale sur YouTube. Moins technique, mais universel.

La réaction des marchés a été immédiate et brutale. L'ETF iShares Expanded Tech-Software Sector a perdu plus de 14 % sur six séances. Le panier Goldman Sachs des valeurs logicielles américaines a plongé de 6 % en une seule journée, sa plus forte chute depuis le choc tarifaire d'avril 2025. Thomson Reuters a dévissé de 16 % — son pire recul historique en une séance —, LegalZoom de 20 %, Salesforce et ServiceNow de 7 % chacun. En Europe, Publicis a lâché 5 %, SAP 3 %. En Inde, l'indice Nifty IT a chuté de près de 6 %, entraînant dans sa chute Infosys, TCS et Wipro.

La fin du modèle « par siège » ?

Pour comprendre l'ampleur du séisme, il faut revenir au modèle économique du logiciel professionnel. Depuis vingt ans, le SaaS fonctionne sur une règle simple : un employé égale un abonnement. Dix mille salariés, dix mille licences. C'était, en substance, une taxe indexée sur la masse salariale des entreprises.

Or, un agent IA comme Claude Cowork n'a ni compte utilisateur, ni adresse e-mail d'entreprise. Il consomme du calcul, pas des licences. Un seul agent peut accomplir le travail de dix utilisateurs sans générer dix abonnements. C'est ce que les analystes de Wall Street nomment désormais la « seat compression » — la compression des licences. Salesforce a elle-même reconnu, dans son dernier rapport, que ses flux automatisés réduisent les besoins en utilisateurs de 35 %. Goldman Sachs estime que les agents capteront plus de 60 % de la valeur économique des logiciels d'ici 2030.

Le coup ne frappe pas seulement les éditeurs. Les ESN et intégrateurs — Capgemini, Publicis Sapient, Téléperformance — sont tout aussi menacés. Leur modèle repose sur la vente de jours-hommes pour configurer, paramétrer et maintenir ces logiciels. Si l'agent fait le paramétrage, le jour-homme disparaît. C'est d'ailleurs ce que le marché a corrigé cette semaine : Capgemini envisage déjà de supprimer jusqu'à 2 400 postes en France.

Opus 4.6 : verrouiller la partie

Trois jours après le choc Cowork, Anthropic a dévoilé le moteur de son offensive : Opus 4.6, son modèle le plus avancé. Doté d'une fenêtre contextuelle d'un million de tokens, de la capacité à orchestrer des « équipes d'agents » travaillant en parallèle et d'un système de compaction de mémoire, ce modèle est conçu pour mener des opérations complexes sur la durée — là où ses prédécesseurs auraient décroché.

Sur le benchmark ARC AGI 2, Opus 4.6 atteint 68,8 %, contre 37,6 % pour son prédécesseur Opus 4.5 et 54,2 % pour GPT-5.2 d'OpenAI. L'intégration native avec Microsoft Office — notamment la génération de présentations PowerPoint formatées selon la charte graphique de l'entreprise — illustre ce qu'un analyste qualifie de « parasitisme consenti ». Microsoft laisse Claude s'installer au cœur d'Excel et PowerPoint parce que l'enjeu, pour le géant de Redmond, n'est plus que son IA soit la meilleure. Son enjeu est que tout ce calcul passe par ses serveurs Azure.

La situation ne manque pas d'ironie. Officiellement, Microsoft continue de vendre Copilot comme le futur du travail. Mais en interne, ses propres équipes d'ingénierie réclament l'accès à Claude Code, « simplement parce que l'expérience est meilleure », selon des sources concordantes. Le constructeur vante son moteur maison tout en roulant avec celui du concurrent sous le capot.

La panique est-elle exagérée ? Les analystes de Gartner tempèrent, estimant que « les prédictions de la mort du SaaS sont prématurées » et que Cowork reste un « perturbateur potentiel pour les tâches de connaissance, mais pas un remplacement des applications gérant les opérations critiques ». D'autres, chez Jefferies, notent qu'Anthropic ne fournit plus seulement des modèles d'IA : la start-up construit désormais des solutions complètes de flux de travail, entrant en concurrence directe avec la couche applicative.

Ce qui est certain, c'est qu'Anthropic a imposé un rythme de guerre éclair. MCP donné à la Linux Foundation, contrat de 200 millions avec le Pentagone, partenariat de 200 millions avec Snowflake, déploiement chez Deloitte pour 500 000 employés, chez Cognizant pour 350 000. Valorisée à 350 milliards de dollars sur les marchés privés, la start-up ne se bat plus contre des produits. Elle se bat contre une perception d'inévitabilité. Et sur les marchés, c'est souvent la perception qui fait la réalité.

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