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Affaire Epstein : Laurent Nuñez saisit la justice contre Alain Soral pour diffamation

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé avoir saisi la justice à l'encontre d'Alain Soral, figure de l'extrême droite française, pour des propos diffamatoires tenus dans le cadre de l'affaire Epstein. L'essayiste controversé avait publié sur sa plateforme Égalité et Réconciliation des insinuations reliant le ministre aux dossiers déclassifiés par la justice américaine, sans aucun fondement établi.

La décision de Laurent Nuñez de saisir la justice s'inscrit dans un contexte d'intense agitation médiatique autour des fichiers Epstein. Depuis la publication, le 30 janvier dernier, de plus de trois millions de documents par le département de la Justice américain, une vague d'accusations et d'insinuations déferle sur les réseaux sociaux, ciblant des personnalités politiques françaises sans distinction ni vérification.

Alain Soral, en exil depuis cinq ans et sous le coup de plusieurs mandats d'arrêt, avait consacré un article sur son site Égalité et Réconciliation intitulé "Laurent Nuñez, ou le pouvoir profond qui remonte à la surface", dans lequel il présentait le ministre comme un rouage de l'"État profond" macroniste. Plus récemment, lors d'un direct vidéo diffusé le 9 février 2026, l'essayiste a multiplié les insinuations reliant plusieurs personnalités françaises aux dossiers Epstein, y compris le locataire de Beauvau.

Une stratégie de plaintes assumée par le ministre

Ce n'est pas la première fois que Laurent Nuñez recourt à la voie judiciaire pour contrer des attaques qu'il estime diffamatoires. En octobre 2025, le ministre avait déjà porté plainte contre quatre élus de La France insoumise – Manon Aubry, Paul Vannier, Aurélien Taché et Ersilia Soudais – après des propos accusant la police de "tuer", publiés sur les réseaux sociaux à l'occasion du vingtième anniversaire de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois.

Un mois plus tard, en novembre 2025, le ministre saisissait à nouveau la justice contre l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré, qui avait comparé sur Radio Nova "la police et la gendarmerie à Daech avec la sécurité de l'emploi". Une posture qui lui vaut les critiques de la gauche, dénonçant une volonté de "criminaliser la parole" et de "faire taire les voix dissonantes".

Dans le cas de Soral, la démarche prend toutefois une dimension particulière. L'essayiste est un habitué des prétoires, ayant été condamné à de multiples reprises en France et en Suisse pour antisémitisme, négationnisme, homophobie et diffamation. Le Tribunal fédéral suisse a récemment confirmé une condamnation à 40 jours de prison ferme pour discrimination et incitation à la haine.

L'affaire Epstein, terreau de désinformation

La publication massive des fichiers Epstein a engendré un phénomène de désinformation sans précédent. Si des personnalités françaises comme Jack Lang et sa fille Caroline sont effectivement citées dans les documents – le Parquet national financier a d'ailleurs ouvert une enquête préliminaire contre l'ancien ministre de la Culture –, de nombreux noms ont été associés abusivement au scandale.

Comme le rappellent plusieurs juristes, figurer dans trois millions de pages de documents ne signifie pas être impliqué dans les crimes commis par Jeffrey Epstein. "Il suffit d'être mentionné une fois dans cette masse documentaire pour être jeté en pâture", déplorent des avocats spécialisés en droit de la presse. Emmanuel Macron lui-même est sorti du silence pour affirmer que "la justice américaine doit défendre les victimes" tout en appelant à la prudence face aux amalgames.

Le live marathon du 4 février 2026 sur X, réunissant Dieudonné, Alain Soral, Pierre Jovanovic et Francis Lalanne devant près de 300 000 spectateurs, a contribué à amplifier la diffusion d'accusations non vérifiées contre des responsables politiques français. Un phénomène qui inquiète au plus haut niveau de l'État, alors que La France insoumise réclame de son côté l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire transpartisane sur les ramifications françaises de l'affaire Epstein.

La plainte de Laurent Nuñez contre Alain Soral devrait être examinée dans les prochaines semaines par le tribunal correctionnel de Paris. Elle pose, une fois de plus, la question de l'équilibre entre liberté d'expression et protection de la réputation des personnalités publiques dans un contexte de défiance généralisée envers les institutions.

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