Jack Lang et son épouse placés sous protection policière après des menaces
L'ancien ministre de la Culture Jack Lang, 86 ans, et son épouse Monique ont été placés sous protection policière après avoir reçu des menaces sur les réseaux sociaux. Cette mesure, décidée par le ministère de l'Intérieur, intervient alors que l'ex-président de l'Institut du monde arabe (IMA) est au cœur d'une tempête politico-judiciaire liée à l'affaire Jeffrey Epstein.
C'est le magazine Marianne qui a révélé l'information, confirmée dimanche 9 février par France Télévisions de source policière. Jack Lang et sa femme font l'objet de menaces émanant des réseaux sociaux depuis que de nouveaux documents rendus publics par la justice américaine ont mis en lumière ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, décédé en prison en 2019.
Le nom de l'ancien ministre socialiste apparaît à 673 reprises dans les quelque trois millions de documents publiés le 30 janvier par le département de la Justice américain. Ces échanges, étalés sur sept années, documentent des relations d'intérêt entre les deux hommes. Si aucune charge pénale ne pèse à ce stade contre Jack Lang, la multiplication des révélations a déclenché une vague de colère sur les réseaux sociaux, allant jusqu'à des menaces directes contre le couple.
Une semaine sous haute tension
La mise sous protection policière intervient au terme d'une semaine particulièrement éprouvante pour l'ancien ministre. Vendredi 7 février, le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang et sa fille Caroline. Cette dernière, ancienne cadre de Warner Bros France, a elle-même démissionné de son poste de directrice générale du Syndicat des producteurs indépendants après la révélation de ses relations d'affaires avec Epstein.
Les documents judiciaires montrent que Caroline Lang s'est associée au financier en 2016 dans une société baptisée Pyrtanée LLC, dédiée à l'achat d'œuvres d'artistes français émergents. Elle était également désignée dans le testament d'Epstein comme bénéficiaire de cinq millions d'euros, ce qu'elle conteste en affirmant n'avoir jamais perçu ces fonds.
Samedi 8 février, Jack Lang a proposé sa démission de la présidence de l'Institut du monde arabe, un poste qu'il occupait depuis 2013. Le même jour, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot l'a convoqué pour obtenir des clarifications sur ses liens avec Epstein.
Une défense sur le fil
Face à l'avalanche de révélations, Jack Lang a choisi de réagir publiquement. Sur le réseau social X, l'ancien ministre a déclaré accueillir l'enquête du PNF « avec sérénité et même du soulagement », ajoutant que « les accusations portées contre moi sont infondées, et je le démontrerai, par-delà le bruit et la fureur des tribunaux médiatiques et numériques ».
L'ancien ministre assure n'avoir jamais eu connaissance des crimes commis par Jeffrey Epstein, pourtant condamné une première fois en 2008 pour avoir sollicité une mineure à des fins de prostitution. Une ligne de défense qui peine à convaincre l'opinion publique, tant les documents révèlent l'intensité des échanges entre les deux hommes.
L'affaire dépasse largement les frontières françaises. Les documents Epstein ont provoqué un séisme politique dans plusieurs pays européens. Au Royaume-Uni, le Premier ministre Keir Starmer s'est excusé auprès des victimes pour avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur malgré ses liens avec Epstein. En Norvège, la police des délits économiques enquête sur l'ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland pour suspicion de corruption aggravée. En France, Emmanuel Macron a estimé lundi que l'affaire concernait « surtout les États-Unis » et qu'il fallait « que la justice là-bas fasse son travail ».
La protection policière accordée à Jack Lang et son épouse est pour l'heure présentée comme provisoire. Mais elle illustre le climat de tension extrême qui entoure désormais toute personnalité citée dans les documents de l'affaire Epstein, dans un contexte où la frontière entre indignation légitime et menaces est de plus en plus ténue.