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Affaire Epstein : perquisitions en cours visant Jack Lang, notamment à l'Institut du monde arabe

Le Parquet national financier (PNF) a lancé ce lundi 16 février des perquisitions dans plusieurs lieux, dont l'Institut du monde arabe à Paris, dans le cadre de l'enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l'ancien ministre de la Culture Jack Lang et sa fille Caroline. Une nouvelle étape dans cette affaire qui secoue la classe politique française depuis la publication de documents par la justice américaine révélant les liens financiers du clan Lang avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.

Les enquêteurs de l'Office national antifraude (ONAF), mandatés par le PNF, sont intervenus dès la matinée de ce lundi dans « divers lieux », a confirmé le parquet financier dans un communiqué. Parmi les sites visés figure en bonne place l'Institut du monde arabe (IMA), que Jack Lang a présidé pendant plus d'une décennie, de 2013 à sa démission le 7 février dernier. Une coïncidence de calendrier troublante : les perquisitions ont eu lieu alors que l'ancien ministre, âgé de 86 ans, faisait ses adieux au personnel de l'institution.

L'enquête préliminaire avait été ouverte le 6 février, au lendemain de révélations de Mediapart sur les liens financiers supposés entre la famille Lang et Jeffrey Epstein. Au cœur des soupçons : la société offshore Prytanee LLC, créée en 2016 dans les îles Vierges américaines, un paradis fiscal notoire. Cette structure, officiellement destinée au mécénat et au soutien de jeunes artistes français, avait été cofondée par Caroline Lang et Jeffrey Epstein lui-même, avec une mise de départ d'un million d'euros. La société n'avait jamais été déclarée au fisc français, un fait central dans les investigations en cours.

Une société offshore et des documents accablants

Les documents déclassifiés par le département américain de la Justice sont particulièrement compromettants. Un courriel daté de janvier 2016 détaille un projet d'investissement de 20 millions de dollars avec un partage des bénéfices à parts égales entre Epstein et Caroline Lang. Plus troublant encore, le testament du financier américain désignait la fille de l'ancien ministre comme bénéficiaire d'un legs de 5 millions de dollars. Le nom de Jack Lang apparaît quant à lui 673 fois dans les documents rendus publics.

Un document interne de la société mentionne explicitement : « J'ai demandé une rallonge de 200 000 dollars sur le compte de Prytanee pour un nouvel achat. Jacques est désormais pleinement impliqué. » Un élément qui contredit frontalement la version de Jack Lang, lequel assure n'avoir « jamais eu de lien financier » avec Epstein. Son avocate, Me Laurent Merlet, maintient que l'ancien ministre s'est contenté de donner des « avis sur des œuvres d'art » sans percevoir aucune rémunération.

Caroline Lang, de son côté, admet ne pas avoir déclaré la société au fisc français. « Je n'ai jamais pensé à la déclarer. L'objectif n'était pas de gagner de l'argent », s'est-elle justifiée. Elle a depuis démissionné de la présidence du Syndicat de la production indépendante et du conseil d'administration de la Fondation Le Refuge.

Un ancien ministre sous pression

Dans une interview accordée à La Tribune dimanche, Jack Lang s'est déclaré « blanc comme neige » et a dénoncé « un tsunami de mensonges, de ragots et de colportages ». L'ancien ministre dit accueillir l'enquête du PNF « avec sérénité et même soulagement », estimant qu'elle « permettra de faire toute la lumière sur des accusations portant atteinte à ma probité et à mon honneur ».

Malgré cette posture combative, les conséquences s'accumulent pour l'ancien proche de François Mitterrand. Outre sa démission de l'IMA, Jack Lang et son épouse Monique ont été placés sous protection policière après avoir reçu des menaces sur les réseaux sociaux. Dans sa lettre de démission, il reconnaissait que « le climat actuel, mêlant attaques personnelles, soupçons et amalgames » était « délétère » pour l'institution qu'il dirigeait.

L'affaire continue de prendre de l'ampleur en France, où elle rejoint le scandale mondial Epstein qui éclabousse plusieurs personnalités françaises. Le PNF devra désormais établir si les flux financiers entre la famille Lang et le réseau Epstein constituent bien un circuit de blanchiment de fraude fiscale aggravée, un délit passible de dix ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende. La procédure ouverte le 6 février n'en est qu'à ses débuts, et aucune mise en examen n'a été prononcée à ce stade. La présomption d'innocence prévaut. Jack Lang, qui avait rencontré Epstein il y a une quinzaine d'années par l'entremise du réalisateur Woody Allen, assure avoir ignoré le passé criminel du financier américain.

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