Apprentissage : le gouvernement réduit drastiquement les aides à l'embauche
Depuis le 1er janvier 2026, les aides à l'embauche d'apprentis ont été considérablement réduites en France. Faute de loi de finances adoptée dans les temps, le gouvernement a recentré le dispositif sur les seules PME de moins de 250 salariés et les formations de niveau baccalauréat ou inférieur. Un coup dur pour un secteur qui avait connu une croissance spectaculaire ces dernières années.
La décision était attendue, mais elle n'en reste pas moins brutale. Le 26 décembre 2025, le ministère du Travail a publié un communiqué confirmant la fin de l'aide exceptionnelle à l'apprentissage. « Dans le contexte de l'absence d'adoption de la loi de finances pour l'année 2026, l'aide pour les employeurs embauchant des apprentis ne peut s'inscrire que dans le cadre légal fixé par le Code du travail », précisait le texte. Concrètement, seule l'aide unique à l'apprentissage, plus restrictive, demeure en vigueur.
Les nouveaux paramètres sont clairs : les entreprises de moins de 250 salariés perçoivent désormais 5 000 euros pour l'embauche d'un apprenti préparant un diplôme de niveau CAP, BEP ou baccalauréat professionnel. Ce montant est porté à 6 000 euros lorsque l'apprenti est en situation de handicap. En revanche, les grandes entreprises sont totalement exclues du dispositif, et les formations supérieures — BTS, licence, master — ne donnent plus droit à aucune aide.
Un modèle qui avait fait ses preuves remis en question
Le contraste avec les années précédentes est saisissant. Grâce aux aides publiques massives mises en place depuis 2020, le nombre d'apprentis en France avait bondi de 430 000 en 2017 à plus d'un million en 2023. Cette progression spectaculaire, saluée par l'ensemble des acteurs économiques, avait permis de réduire significativement le chômage des jeunes et de répondre aux besoins en main-d'œuvre qualifiée des entreprises.
Les premiers signaux d'alerte étaient pourtant déjà visibles. Entre juin et septembre 2025, près de 50 000 contrats en moins avaient été enregistrés par rapport à la même période de l'année précédente. Une baisse directement liée au premier coup de rabot sur les aides, intervenu en février 2025, qui avait déjà ramené le plafond à 5 000 euros pour les PME et 2 000 euros pour les grandes entreprises.
L'Association nationale des apprentis de France (ANAF) tire la sonnette d'alarme. L'organisation dénonce une « attaque contre le pouvoir d'achat des apprentis » et pointe plusieurs mesures contenues dans le projet de loi de finances 2026. Parmi elles, la suppression des exonérations de cotisations sociales sur les salaires des apprentis, qui aurait entraîné une perte de 101 à 187 euros nets par mois selon l'âge et l'année de formation. Cette mesure a toutefois été rejetée par l'Assemblée nationale.
Un décret attendu après l'adoption définitive du budget
Le projet de loi de finances 2026, adopté le 2 février par le Parlement après le recours au 49.3, devrait être promulgué d'ici la mi-février, une fois passé l'examen du Conseil constitutionnel. Le ministère du Travail a d'ores et déjà annoncé qu'un décret sera publié dans la foulée pour fixer les nouveaux paramètres de l'aide à l'embauche. Ces derniers ne seront pas rétroactifs, ce qui laisse les contrats signés depuis le 1er janvier sous le régime actuel.
Autre sujet de préoccupation : la possible suppression de l'aide au permis de conduire de 500 euros destinée aux apprentis de 18 ans et plus. Une mesure qui affecterait particulièrement les jeunes en zones rurales, pour qui la mobilité reste un obstacle majeur à l'insertion professionnelle.
En attendant les arbitrages définitifs, les premiers versements de l'aide unique pour les contrats signés depuis novembre 2025 ne débuteront qu'à partir de mars 2026. Un délai supplémentaire qui pèse sur la trésorerie des petites entreprises et pourrait freiner l'insertion professionnelle des jeunes dans un contexte économique déjà tendu. Le modèle français de l'apprentissage, longtemps considéré comme un succès, se trouve aujourd'hui à un tournant décisif.