sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Coliving en France : ces locataires poussés dehors au nom de la colocation 2.0

Le coliving, cette version premium de la colocation qui séduit investisseurs et jeunes actifs, connaît une expansion fulgurante en France. Mais derrière les espaces design et les services tout compris, un phénomène inquiétant se dessine : des locataires de longue date sont poussés hors de leur logement pour laisser place à ces résidences nouvelle génération. Face aux dérives, Paris a franchi un cap historique en interdisant tout nouveau projet de coliving sur son territoire.

Le principe est simple, mais redoutablement efficace sur le plan financier. Un appartement familial de quatre pièces est transformé en cinq, voire dix chambres individuelles, chacune louée entre 950 et 1 050 euros par mois, services inclus : Wi-Fi, ménage, assurance. Le rendement peut atteindre 12 %, soit bien au-delà de la location classique. Depuis 2020, 1,5 milliard d'euros ont été investis dans le secteur et 14 000 chambres créées, avec un objectif de 24 000 fin 2025.

Pour les opérateurs, le modèle est une aubaine. Pour les locataires en place, c'est souvent le début d'un cauchemar. À Paris, plusieurs cas documentés révèlent des évictions déguisées de locataires modestes dans des immeubles rachetés par des fonds d'investissement ou des plateformes spécialisées. Le mécanisme est rodé : acquisition de l'immeuble, congés pour vente délivrés aux occupants, puis transformation intégrale en résidence de coliving.

Un vide juridique qui profite aux spéculateurs

Le coliving ne dispose d'aucune définition juridique en droit français. Cette zone grise permet aux opérateurs de jongler entre plusieurs statuts : bail mobilité de un à dix mois issu de la loi ELAN de 2018, bail meublé classique, voire convention d'occupation précaire. « Certains opérateurs utilisent le statut de résidence avec services pour échapper à l'encadrement des loyers en vigueur dans les zones tendues », alertait le député Iñaki Echaniz dans une question au gouvernement.

Les loyers pratiqués dépassent de 30 à 40 % les prix du marché dans les métropoles. À Lyon, un studio de 15 m² en coliving atteint 825 euros mensuels, contre 529 euros pour une chambre en colocation classique. Les charges additionnelles, représentant parfois un tiers du loyer total, dépassent souvent le coût réel des services fournis. Le sénateur Ian Brossat n'hésite pas à qualifier le coliving de « cheval de Troie des spéculateurs » permettant de « contourner l'encadrement des loyers ».

Le mal-logement touche déjà près de 600 000 Français contraints de vivre chez un proche, et la transformation massive d'appartements familiaux en résidences de coliving ne fait qu'aggraver la crise. Jusqu'à 20 000 logements pourraient disparaître du parc locatif accessible à Paris d'ici la fin de l'année.

Paris dit stop, le gouvernement temporise

Face à l'ampleur du phénomène, le Conseil de Paris a adopté le 8 octobre 2025 une délibération historique : la capitale refuse désormais tout nouveau projet de coliving sur son territoire, devenant la première ville française à adopter une politique « zéro coliving ». Une cellule de contrôle dédiée aux établissements existants a également été créée. En Île-de-France, 7 500 lits sont déjà recensés et 6 800 nouveaux projets étaient dans les cartons.

Ian Brossat, à l'origine de cette initiative, a déposé le 7 novembre 2025 une proposition de loi au Sénat visant à encadrer strictement le secteur. Le texte est toujours en attente d'examen. Du côté du gouvernement, la réponse publiée au Journal officiel le 27 janvier 2026 est sans ambiguïté : le ministère de la Ville et du Logement refuse de créer un cadre juridique spécifique, invoquant un objectif de « simplification du paysage administratif ».

Cette inaction inquiète les associations de défense des locataires. Le coliving se développe aussi dans d'autres grandes villes françaises comme Lyon, Marseille ou Bordeaux, où les loyers pèsent déjà lourdement sur le budget des ménages. Sans régulation nationale, les collectivités restent démunies face à un modèle qui transforme en profondeur le paysage locatif des métropoles françaises, au détriment des habitants les plus fragiles.

sfy39587stp16