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Ségolène Royal plaide pour la restitution des biens algériens spoliés

Alors que le Sénat vient d'adopter à l'unanimité une loi-cadre historique sur la restitution des biens culturels spoliés, Ségolène Royal, présidente de l'Association France-Algérie, intensifie son plaidoyer pour le retour des objets algériens dérobés pendant la colonisation française.

En visite officielle à Alger depuis le 26 janvier 2026, l'ancienne candidate à la présidentielle de 2007 ne mâche pas ses mots. « Pour l'Algérie, il faut restituer, il faut tout rendre », a-t-elle déclaré lors de sa conférence à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), le 17 janvier dernier à Paris.

Élue à la tête de l'Association France-Algérie le 18 décembre 2025, Ségolène Royal a présenté une feuille de route ambitieuse articulée autour de trois axes : la mémoire coloniale, la restitution des biens culturels et l'accès aux archives. Son message est clair : ces gestes symboliques sont indispensables pour tourner la page et bâtir de nouveaux partenariats entre Paris et Alger.

Des objets emblématiques réclamés

Parmi les biens dont l'ancienne ministre réclame le retour, figurent les objets de l'Émir Abdelkader, figure majeure de la résistance algérienne au XIXe siècle. « Tous les objets doivent être restitués, essentiellement sa tente, son sabre, son fusil », précise-t-elle. Ces pièces sont actuellement conservées au musée Condé de Chantilly.

Ségolène Royal évoque également le canon Baba Merzoug, symbole de la régence d'Alger, exposé à Brest depuis 1833. Elle affirme vouloir engager des discussions avec le maire de la ville pour « que ce soit fait dans les meilleurs délais ». Autre dossier sensible : la restitution des restes humains, notamment les crânes de résistants algériens conservés dans les collections françaises.

L'ancienne ministre tente de convaincre Emmanuel Macron d'effectuer « un premier geste » qui pourrait être accompli « très rapidement, en 24 heures », selon ses propres termes. Elle insiste sur le caractère symbolique de cette démarche, qui représente « la reconnaissance de ce qui s'est passé » pendant les 132 années de présence française en Algérie.

Une loi-cadre adoptée à l'unanimité

Le contexte législatif semble favorable à ces revendications. Le 28 janvier 2026, le Sénat a adopté à l'unanimité un projet de loi-cadre relatif à la restitution des biens culturels provenant d'États lésés par une appropriation illicite. Ce texte, porté par la ministre de la Culture Rachida Dati, vise à simplifier les procédures de restitution.

Jusqu'à présent, chaque restitution de bien culturel nécessitait l'adoption d'une loi spécifique, créant une dérogation au principe d'inaliénabilité des collections publiques. La nouvelle loi instaure une commission nationale permanente chargée d'examiner les demandes et de rendre un avis consultatif public. Elle s'applique aux biens spoliés entre 1815 et 1972, couvrant ainsi la période coloniale française en Algérie.

Cette initiative intervient dans un contexte de tensions mémorielles accrues. En décembre 2025, le Parlement algérien a adopté une loi historique criminalisant la colonisation française, qualifiée de « crime d'État ». Ce texte prévoit notamment des dispositions relatives à la restitution des biens culturels transférés hors du territoire algérien.

Ségolène Royal, citant Aimé Césaire, a qualifié la colonisation d'« entreprise d'ensauvagement » et plaidé pour des excuses officielles de l'État français. Elle rappelle que cette démarche de réconciliation concerne près de sept millions de personnes ayant des liens avec l'Algérie, constituant selon elle une « obligation morale, politique, culturelle, artistique et économique ».

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