Affaire Leveugle : un ancien éducateur poursuivi pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs dans neuf pays
Jacques Leveugle, 79 ans, ancien éducateur né à Annecy en 1946, est mis en examen pour viols et agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs dans neuf pays, entre 1967 et 2022. Qualifié de « véritable routard de l'abus sexuel » par Le Parisien, cet homme au parcours criminel hors norme fait l'objet d'un appel à témoins international lancé le 10 février 2026 par le parquet de Grenoble et la section de recherche de la gendarmerie.
L'affaire a éclaté fin 2023, lorsqu'un neveu de Jacques Leveugle, s'interrogeant sur la vie affective de son oncle, a découvert sur des clés USB quinze tomes de mémoires dans lesquels le septuagénaire consignait méthodiquement ses crimes. Dans ces écrits glaçants, il se décrivait comme un « gentleman boy lover » et se comparait à « un Grec antique formant de jeunes éphèbes », tentant de donner une dimension philosophique à des actes d'une gravité extrême.
Les enquêteurs de la gendarmerie de Grenoble ont recensé dans ces mémoires près de 200 mineurs mentionnés par l'auteur. À ce stade de l'instruction, 89 victimes ont été formellement identifiées, mais seule une quarantaine a pu être localisée et contactée. Certaines ne sont désignées que par un prénom ou un surnom dans les écrits du suspect, rendant leur identification particulièrement complexe et justifiant le recours à un appel à témoins d'envergure internationale.
Les faits se seraient déroulés dans neuf pays répartis sur quatre continents : la France, l'Allemagne, la Suisse, le Maroc, l'Algérie, le Niger, l'Inde, les Philippines et la Colombie. Certaines sources évoquent même un dixième pays, le Portugal. Les victimes présumées sont exclusivement des garçons âgés de 13 à 17 ans, principalement issus de milieux défavorisés, ce qui facilitait l'emprise exercée par le suspect.
Un mode opératoire fondé sur la « séduction intellectuelle »
Décrit par les magistrats comme « cultivé et charismatique », Jacques Leveugle a exercé successivement les fonctions d'éducateur spécialisé, de professeur de français et de moniteur de spéléologie pour approcher ses victimes dans des cadres institutionnels variés. Son mode opératoire, qualifié par les enquêteurs de « séduction intellectuelle du mineur », consistait à proposer du soutien scolaire, des cours de langues, des discussions littéraires et architecturales, avant de franchir la limite des agressions sexuelles.
Il ciblait systématiquement des adolescents vulnérables et isolés, instaurant une emprise progressive par le biais de la stimulation intellectuelle et de l'aide matérielle. Ce processus d'approche pouvait s'étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant que les agressions ne surviennent. Une seule de ses victimes l'avait dénoncé auparavant, dans le Sud-Ouest en 2016, mais la plainte n'avait malheureusement pas abouti. L'homme ne possédait aucun casier judiciaire avant sa mise en examen en février 2024.
Placé en détention provisoire dès sa mise en examen, Jacques Leveugle avait ensuite été remis en liberté sous assignation à résidence avec surveillance électronique. Mais le non-respect répété de ses obligations judiciaires a conduit à la révocation de cette mesure en avril 2025. Il est depuis de nouveau incarcéré et le demeure à ce jour.
Un appel à témoins urgent avant la clôture de l'instruction
Le procureur de la République de Grenoble a insisté sur l'urgence de la situation. « Le temps presse », a-t-il martelé, évoquant l'âge avancé du prévenu et les délais de prescription qui menacent certaines poursuites. « Si des victimes souhaitent se manifester, qu'elles le fassent maintenant, parce qu'il faudra, dans l'année 2026, clôturer cette information judiciaire », a-t-il solennellement déclaré lors de la conférence de presse.
Dans ses mémoires, Jacques Leveugle reconnaît par ailleurs deux homicides familiaux : celui de sa mère, atteinte d'un cancer, étouffée avec un coussin en 1974, et celui de sa tante de 92 ans, résidente en Suisse, tuée selon le même mode opératoire en 1992. Ces deux crimes sont toutefois prescrits et ne pourront donner lieu à des poursuites.
L'ampleur de cette affaire rappelle une réalité statistique souvent méconnue du grand public. Selon les données de l'INSEE, environ 80 % des personnes mises en cause pour violences sexuelles sont de nationalité française, ce chiffre dépassant 90 % lorsqu'il s'agit d'infractions commises sur des mineurs. Dans la grande majorité des cas, les victimes connaissent leur agresseur. L'affaire Leveugle illustre tragiquement cette réalité, rappelant que la protection des mineurs demeure un enjeu majeur de société, au-delà de toute considération partisane.
Deux numéros verts ont été mis en place pour permettre aux victimes potentielles de se manifester : le 0 800 20 01 42 pour la France métropolitaine et le 00 687 05 06 00 pour la Nouvelle-Calédonie (appels gratuits et anonymes). Toute personne disposant d'informations utiles à l'enquête est également invitée à contacter directement la section de recherche de la gendarmerie de Grenoble.