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Intelligence artificielle : les États-Unis opposent une fin de non-recevoir au contrôle mondial

Les États-Unis ont rejeté « totalement » toute forme de gouvernance mondiale de l'intelligence artificielle lors du sommet de New Delhi, le 20 février 2026. Par la voix de Michael Kratsios, conseiller de la Maison Blanche aux sciences et technologies, Washington a signifié une fin de non-recevoir aux partisans d'un encadrement international de l'IA, relançant un bras de fer planétaire entre partisans de la régulation et défenseurs de l'innovation sans entraves.

« Nous rejetons totalement la gouvernance mondiale de l'IA », a déclaré Michael Kratsios devant les délégations de dizaines de pays réunis dans la capitale indienne. Le conseiller scientifique de Donald Trump a enfoncé le clou : « Son développement ne peut pas conduire à un avenir meilleur si elle est soumise à la bureaucratie et un contrôle centralisé. » Une position sans ambiguïté, dans la droite ligne du décret présidentiel signé en décembre 2025, qui visait déjà à neutraliser les lois des États américains jugées trop contraignantes pour l'industrie technologique.

Ce sommet de New Delhi, le plus important jamais organisé sur l'IA, a réuni une vingtaine de dirigeants politiques ainsi que les patrons des géants de la tech, dont Sundar Pichai (Google) et Jensen Huang (Nvidia). L'Inde, pays hôte, a obtenu des engagements d'investissements de 200 milliards de dollars dans le secteur et a rejoint « Pax Silica », la coalition américaine visant à sécuriser les chaînes d'approvisionnement en matériaux et technologies liés à l'IA.

Washington contre le reste du monde

La posture américaine tranche avec celle de la quasi-totalité des autres participants. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a annoncé le lancement d'une commission scientifique internationale destinée à faire « du contrôle humain de l'IA une réalité technique ». « Nous avançons en territoire inconnu. L'innovation en matière d'IA progresse à la vitesse de la lumière », a-t-il averti. Même Sam Altman, le patron d'OpenAI, a plaidé pour une régulation urgente de la technologie, citant les inquiétudes croissantes quant à son impact sociétal et environnemental.

Michael Kratsios a balayé ces préoccupations d'un revers de main, qualifiant « les obsessions idéologiques axées sur les risques, comme le climat ou l'équité » de prétextes à une centralisation bureaucratique. Selon lui, une régulation fondée sur les risques « renforce les acteurs en place et isole les pays en développement ».

Malgré ces profondes divergences, une déclaration commune a finalement été adoptée samedi 21 février. Des dizaines de pays, dont les États-Unis et la Chine, y appellent à une intelligence artificielle « sûre, digne de confiance et robuste ». Un compromis de façade qui masque mal les fractures entre les deux premières puissances technologiques mondiales et le reste de la communauté internationale.

L'Europe avance, l'Amérique recule

Le contraste est saisissant avec l'Union européenne. L'AI Act, le règlement européen sur l'intelligence artificielle, entrera pleinement en application le 2 août 2026. Il imposera des obligations strictes pour les systèmes d'IA à haut risque dans des domaines aussi sensibles que la biométrie, l'emploi, l'éducation ou la justice. Chaque État membre devra mettre en place un « bac à sable réglementaire » pour encadrer l'expérimentation.

De l'autre côté de l'Atlantique, l'administration Trump a créé une task force au sein du département de la Justice, opérationnelle depuis janvier 2026, chargée d'attaquer en justice les lois des États américains sur l'IA. Le Colorado, la Californie et le Texas sont dans le viseur. Trente-six procureurs généraux d'États ont toutefois exprimé leur opposition à tout moratoire fédéral, rappelant que seuls le Congrès et les tribunaux ont le pouvoir de préempter les législations locales.

Cette guerre réglementaire se double d'une bataille d'influence sans précédent. Les géants de la tech, OpenAI et Meta en tête, déploient de puissants super-PAC pour soutenir les candidats favorables à la dérégulation de l'intelligence artificielle et contrer ceux qui défendent un encadrement plus strict. Le prochain sommet mondial sur l'IA se tiendra à Genève au premier semestre 2027. D'ici là, le fossé entre les deux rives de l'Atlantique risque de se creuser encore davantage.

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